Souvenirs

Une journée en 1988

Publié le vendredi 16 octobre 2026
Identicon de monjici
Par monjici
Blogueur du dimanche

En très peu de temps, le quotidien des humains a profondément changé. Le passage de l’ère analogue à l’ère numérique et l’arrivée d’Internet ont changé notre routine, nos habitudes de consommation, nos interactions et la vitesse d’un peu tout. Je pensais partager à la nouvelle génération ce qu’avait l’air une journée typique d'il y a une quarantaine d’années.

Enfants jouant dans une cabane de fortune
L'imagination des enfants n'avait pas de limites.

Le matin

En se levant, on se préparait un bol de céréales avec du lait 2% ou même 3.25%. On ne portait pas d’attention aux valeurs nutritives, au lactose ou aux pesticides ! Soit on s’installait à la table pour manger en regardant le dos de la boîte de céréales (qui avait souvent un jeu sous forme de labyrinthe ou autre) ou on s’installait devant la télé pour regarder les dessins animés. Les chaînes de télé étaient peu nombreuses, 13, et n’étaient pas 24 heures sur 24. Si on se levait assez tôt, on pouvait voir l’horaire du jour défiler sur la chaîne de Radio-Canada et ensuite l’hymne national juste avant le début des émissions. Ensuite déferlaient les Tao Tao, Le petit castor, Les mystérieuses cités d’or, etc.

Un seul téléviseur

Généralement, chaque famille possédait qu’un seul téléviseur. Difficile à imaginer aujourd’hui dans un monde où chacun possède un téléphone intelligent, une tablette ou un ordinateur. On devait payer un abonnement mensuel au « câble » pour avoir ces fameuses 13 chaînes.

Les consoles de jeux n’étant pas portables, il fallait les raccorder à ce seul téléviseur, donc ce n’était pas un buffet illimité. Le temps de disponibilité était partagé à chaque membre de la famille. Les jeux où l’on pouvait jouer à deux ou plus étaient donc très appréciés dans les familles nombreuses

Les jeux étaient moins nombreux, et le concept de jeu était plus souvent basé sur la difficulté pour augmenter la durée de jeu par les multiples répétitions.

Dîner

Même les repas étaient différents. On était pas tout à fait à l’aube des mets ultra-transformés, de la mondialisation de notre assiette et très très loin des Uber Eats de ce monde. En fait, il était plus facile de se faire livrer des cigarettes et de la bière du dépanneur du coin que du fast food, sauf pour de la pizza et peut-être des mets chinois.

Étant souvent dehors à brûler de l’énergie, on avait faim lorsqu'arrivait le temps de dîner. On était pas capricieux sur ce qu’on mangeait, surtout lorsqu’on avait déjà pas grand choix d’avance.

On mangeait surtout des repas fait maison, rien en abondance, aucun gaspillage.

Après-midi

On pouvait manger gras, salé, sucré, on gardait notre poids santé car on passait beaucoup de temps à jouer dehors. Rappelons-le, pas de cellulaire, ni d’Internet. Aucune trottinette électrique non plus. Si on voulait jouer avec des amis, il fallait absolument avoir un vélo, bien souvent un BMX sans changement de vitesse, ni casque non plus !

On allait glisser sur des toboggans (glissade) en métal brûlant, nager sans veste de sauvetage dans des lacs l’été, glisser sur des pentes abruptes avec bosses, patiner sans casque sur des lacs gelés et construire des forts l’hiver. On construisait des cabanes avec de la tôle et des clous rouillés, on faisait sauter des pétards à mèche. Bref, on bougeait.

On ne transportait pas de bouteille d’eau avec nous, surtout pas les jetables/recyclables car elles n’existaient pas encore. On endurait notre soif jusqu’au retour à la maison pour boire directement du boyau d'arrosage, ou jusqu’à ce que l’on trouve une buvette à l’hygiène doutable dans un parc. Pas besoin de boisson sucrée, l’eau était très bonne quand on était assoiffé.

Souper

On soupait tous ensemble à table et on faisait des échanges sur notre journée. Pas de Netflix pour nous attirer au salon, pas de DVD, pas de cellulaires.

Parfois, des amis pouvaient rester pour souper avec nous. Ça nous aidait en même temps à aller retourner jouer ensemble rapidement, mâchant notre dernière bouchée pratiquement en laçant nos espadrilles.

Soirée

Écouter un film le soir ne date pas d’hier, mais les options étaient plus limitées en termes de contenu et de variété. On pouvait bien sûr regarder un film à la télé via le câble, sur une des trois ou quatre chaînes généraliste (Radio-Canada, etc). Ça, c’est s’il y avait un film ce soir là. De plus, on ne choisissait pas le film, ni l’heure de diffusion. Ça nous forçait à suivre une routine, qu’on finissait par apprécier, d’avoir hâte. On avait un guide télé (en papier) contenant la grille horaire de chaque chaîne ainsi que la description de certains films ou émissions. Il a disparu pas mal en même temps que le bottin téléphonique !

Une option plus flexible : la visite au club vidéo. C’était l'ancêtre de Netflix, mais dans un autre ordre de magnitude de choix. La grosse différence, c’est qu’une fois le choix fait, on ne pouvait pas changer d’idée. Il fallait que le film soit sévèrement ennuyeux pour qu’on abandonne le visionnement. Nos attentes étaient aussi moins élevées, le cinéma a énormément évolué depuis. De plus, le magnétoscope (lecteur de film en support de type cassette) coûtait très cher. Et si ce n’était pas assez, il y avait une guerre des supports entre Beta et VHS. Le choix était donc fractionné entre les deux. Éventuellement, le format Beta disparu et le VHS domina jusqu’à l’arrivée du DVD. Les films VHS sont maintenant dans la catégorie vintage, tout comme les disques vinyles.

Je garde de très beaux souvenirs des clubs vidéos. L’odeur de la machine à popcorn, la musique des machine à gomme qui nous donnait une chance de gagner une location gratuite, la décoration, la section films d’horreur, etc. On pouvait aussi y louer des jeux pour la NES ce qui était une option très avantageuse pour les jeux qui se terminaient en une seule journée ou que l’on regretterait d’avoir acheté à fort prix dû à leur médiocrité ! On avait Super Mario Bros., Metroid, The Legend of Zelda, mais pas encore Final Fantasy, Star Tropics, Tetris, Ninja Gaiden…

Dodo

Je crois qu’on se couchait généralement plus tôt. Le téléviseur étant monopolisé par les parents pour leurs émissions de fin de soirée, il n’y avait plus grand chose à faire avec la noirceur qui tombait. On était fatigué de notre journée au soleil, on glissait naturellement vers un sommeil paisible.

On avait pas d’oreiller en mousse mémoire ni de matelas orthopédique. On dormait plus sur ce qui ressemblait à un sac de ressorts ! On pouvait écouter de la musique sur un lecteur de cassettes et écouter un côté de l’album.

Conclusion

On consommait moins, le rythme de la vie était plus lent. On devait être plus patient. L'instantané n’était pas omniprésent. On payait comptant ou par chèque. Le dollar était en papier, les jeux vidéos en cassette physique, les livres en papier, les photos aussi. Les bouteilles de ketchup étaient en verre; il fallait un doctorat en physique pour vider la bouteille !

Il y avait moins de tout, mais on profitait plus de ce que l’on avait, plus des gens qui nous entouraient, plus des évènements, plus de temps pour nos passions, moins de distractions. Tout était simple et passionnant en même temps.

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